#RDVAncestral – Messages d’un autre temps, épisode 3

Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature et généalogie et qui permet de partir à la rencontre de ses ancêtres. Pour 2020, j’ai choisi de vous raconter une histoire en douze épisodes, qui va m’amener à voyager dans des lieux et époques différentes et ceci dans un seul but : comprendre la signification de ces messages d’un autre temps. Ce mois-ci, suite à la proposition de Marie Eppherre-Provensal, cet article répond également au #généathème de mars proposé par Sophie Boudarel de la Gazette des Ancêtres.

Résumé des épisodes précédents : Après avoir reçu un étrange paquet contenant un morceau de tuile et un message, je fus transporté en 1737 dans la demeure de Marie HACARDIO, une ancêtre que j’avais rencontrée lors de mon premier RDV Ancestral. Marie me confia alors un second paquet et un nouveau message qui me transporta plus de 50 ans en arrière, dans une période où mes ancêtres s’affairaient à défricher et reconstruire les villages de Schell et Vinsberg qui avaient été ruinés pendant la guerre de Trente Ans. Comme je devais m’y attendre, ma rencontre avec Jacques DEFLORENNE, mon aïeul, s’est terminée par une remise d’un nouveau message…

***

Je dois désormais me rendre devant l’église de Luttange afin de rencontrer l’auteur du message qui m’était adressé. Ce #RDVAncestral à rebondissement devient un vrai jeu de piste. Ne connaissant le chemin par où aller, Jacques DEFLORENNE me propose gentiment de m’accompagner jusqu’au village.  Je suis heureux de sa proposition et je me dis que ce sera l’occasion de faire amplement connaissance avec lui.

 » – Vous verrez Sébastien, dans moins d’une heure, nous serons devant l’église, car le village est à moins d’une lieue d’ici.
– Je vous remercie Jacques. Une lieue, c’est beaucoup pour aller jusque l’église. Ce trajet ne risquera pas d’être trop long pour rejoindre l’église pour les baptêmes ou les offices quand vos familles seront là ?
– Sans doute, nous le verrons quand nous serons installés. De toute façon, nous ne pouvons faire guère autrement car nous dépendons de la Seigneurie et de la Paroisse de Luttange. » 

Nous quittons la clairière pour nous engager dans un chemin de terre qui parcourt la forêt. Le passage des charrettes a créé quelques ornières que nous devons enjamber pour éviter de nous mouiller les pieds. Tout au long de notre marche, je suis émerveillé par le chant des oiseaux qui semblent nous observer à notre passage.

Extrait de la carte des Naudins ( 1728 à 1739), feuille C02, SHD (Source : http://patrimoinesethistoire.grandest.fr/chr/naudin/)

Nous sortons du bois. Les prés et champs en parcelles laniérées remplacent désormais les arbres. Au delà de la vallée nous pouvons apercevoir au loin le village de Luttange. Même si les lieux et les édifices ont été modifiés avec le temps, ce paysage ne m’est pas inconnu et la plus grande différence reste tout de même l’absence de l’immense antenne de télévision qui défigure tout de même le paysage aujourd’hui.

 » – Nous arrivons au village de Kirsch qui est également en reconstruction. D’ici quelques mois, la famille VALDOR va venir s’installer. Ce sont des amis. Nous autres, nouveaux arrivants, nous nous connaissons déjà plus ou moins car nous vivons tous autour des villages de Momni (Momignies), Trélon ou Wallers. Vous savez, notre terre d’origine est loin d’ici, à presque 50 lieues. Il nous faut presque deux semaines de marche pour venir.
– Et comment se fait-il que vous veniez vous installer ici ?
– On nous l’a proposé. La guerre des croates a été terrible ici et il faut repeupler. En plus des faveurs qui nous serons octroyées pour les taxes et impôts, nous aurons surtout de nouvelles terres ! ».

Jacques semble particulièrement enthousiaste à l’idée de fonder une famille dans ces lieux. Nous continuons notre chemin et traversant la rivière que je reconnais assez aisément comme étant la Bibiche puis nous remontons en direction du village de Luttange où je reconnais son imposant château, planté au milieu des maisons et des fermes. Jacques doit me laisser car il doit retourner à Vinsberg. Il me salue et repars en me laissant, seul, au milieu du village.

Le château de Luttange d’après Auguste Migette (Musée de la Cours d’Or, Metz)

C’est une étrange sensation de se retrouver dans ces lieux que j’ai régulièrement parcourus. En fait, ce village de Luttange a vu beaucoup de mes ancêtres, depuis la fin du XVIIIème siècle jusqu’à 1983, l’année de décès de mon arrière-grand-mère.

J’avance et me voici devant l’ancienne église de Luttange. Je dis ancienne car celle-ci sera démolie dans les années 1880 pour construire un édifice néo-gothique qui existe encore aujourd’hui. Voici en tout cas un bâtiment très particulier, caractérisé par sa tour fortifiée qui fait office de clocher. En-haut, se trouve une galerie en bois servant à abriter les défenseurs, souvenir d’une période révolue où Luttange était situé à la frontière entre le Luxembourg et le pays messin, français.

Eglise de Luttange, dessin, Auguste Migette, 28 juillet 1868 (© Laurianne Kieffer – Musée de La Cour d’Or – Metz Métropole)

J’avance vers l’entrée de l’église quand je remarque un homme assoupi contre un arbre tenant à côté de lui un outil en bois qui m’interpelle de plus en plus au fur et à mesure que j’approche. Il ressemble trait pour trait au râteau à foin que j’ai récupéré et qui avait été fabriqué par mon arrière-grand-père. Soudain, l’homme assoupi relève la tête. Je sursaute.

 » – Et bien te voici Sébastien ! J’étais certain que tu viendrais. J’espère que tu me reconnais, toi qui as tant travaillé sur tes ancêtres ?
– Euh, oui, mais comment est-ce possible ?
– Je ne pouvais pas me permettre de te faire venir à Luttange à ton époque, on m’aurait peut-être reconnu, même si cela fait longtemps que je suis parti… ».

Cet homme, celui qui me parle. C’est mon arrière-grand-père, Baptiste BRENNA, né à Tavernerio en Italie en 1890 et décédé en 1978. Je suis si ému de le voir devant moi…

 » – Et bien ! On dirait que tu as vu un mort !
– C’est que je ne m’attendais pas à vous voir Baptiste.
– Les morceaux de tuile… tu ne te souviens pas ce que t’a dit Odile il y a quelques mois ? J’ai refait la toiture de la maison de Pierre (HOURTE) ! Je pensais que tu aurais eu un peu plus d’esprit… Bon. Soit. Je vois que tu as remarqué ce râteau à foin !

Il y a quelques années, j’avais effectivement récupéré chez un oncle paternel ce râteau en bois. Mon arrière-grand-père aimait beaucoup bricoler et il fabriquait tous ces outils avec du bois qu’il allait chercher dans les forêts environnantes.

A son décès, c’est sa fille et son mari, mes grands-parents, qui l’ont récupéré. Puis, un jour que la famille de mon père était chez mes grands-parents maternels, c’est mon oncle qui le récupéra car il avait en tête de faire un petit musée avec des vieux objets et des outils anciens. Ce projet n’aboutira pas.

Ce râteau est pour moi un objet qui a une grande valeur, car il a été conçu de la main de mon aïeul… Un bel objet ancestral pour le #généathème de mars !

 » – Bon, Sébastien, si je veux te voir, ce n’est pas pour te parler de ce râteau. C’est qu’il se passe quelque chose d’étrange et je pense que toi seul peut résoudre le problème.
– Comment ça ?
– Et bien, depuis quelques mois, nous sommes sans nouvelle de quelqu’un que tu connais bien et que tu as déjà croisé. C’est Hubert WALENTIN, l’arrière-grand-père de ma femme. Nous sommes devenus amis là-haut et je lui avais même appris à jouer aux cartes. Qu’est-ce qu’il est sympathique ! Mais un jour, il est parti en nous disant qu’il avait quelque chose d’important à faire et depuis, plus rien. Nous sommes inquiets…
« 

Comment ? Hubert, qui fréquente mes autres ancêtres, a disparu ? C’est vrai que notre dernière rencontre date de novembre 2019 pendant le #ChallengeAZ… Baptiste a l’air visiblement attristé. J’essaye de le réconforter en lui disant que nous allons le retrouver quand soudain, un homme arrive en courant vers nous. Il porte un paquet à la main…

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