Retracer le parcours d’un soldat pendant la révolution française. Le cas de Jean CONNERATH

Je vous propose aujourd’hui un article que j’avais proposé dans le cadre du dernier #ChallengeAZ 2019 et qui était passé sans doute un peu inaperçu. Il concerne la recherche du parcours d’un soldat pendant la période révolutionnaire.

Jean CONNERATH (ou KUNRATH, CONRAD selon les sources et les orthographes utilisées) est mon sosa 98. Il est né en 1775 et décédé en 1843 à l’âge de 67 ans. Pour le situer dans ma généalogie, il est le beau-père de Pierre HOURTE, mon sosa 48 et grand-père d’un autre Pierre HOURTE (sosa 24) et de Jean HOURTE, le fameux banquier dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois dans le cadre du #ChallengeAZ 2020.

Jean CONNERATH est le dixième et dernier enfant de Nicolas CONRAD et Catherine BALOT. 
Pour comprendre les liens de parenté, vous pouvez consulter l’arbre d’ascendance et de descendance de Jean CONNERATH.

Arbre d’ascendance et de descendance de Jean CONNERATH (Sosa 1 = moi-même)

Dans l’acte de naissance de son fils, Jean CONNERATH est signalé comme étant « pensionnaire » et « cabaretier ». Dans d’autres actes, il est cité comme étant pensionnaire de l’État. Avec ces informations, tout laissait donc à penser que Jean CONNERATH était soldat

Acte de naissance de Jean KUNRATH, fils de Jean en 1811 à Basse-Ham (AD57 – 9NUM/1MIE53/4)

Comment chercher les traces d’un soldat de la période révolutionnaire ?

Le repertoire alphabétique des dossiers de soldats pensionnés du SHD

Lors de mes recherches en 2012, le Service Historique de la Défense (SHD) avait mis en ligne le répertoire alphabétique des dossiers de soldats pensionnés classés en sous-série 2Yf. Malheureusement, ce répertoire n’est plus accessible sur internet et il faut se déplacer dans la salle de lecture Louis XIV du château de Vincennes du SHD pour pouvoir le consulter. Mise à jour du 06/06/2020 : le SHD a lancé l’indexation du répertoire alphabétique de ces dossiers qui devrait disponible courant 2020.

Dans ce document, la liste des soldats renvoie à un numéro qui constitue la cote du dossier en question. Comme je l’espérais, j’ai retrouvé Jean KUNRATH, (extrait ci-dessous) ainsi que la cote du dossier classé en archive est 2Yf26954. Vous voyez par ailleurs que Jean a reçu une pension de soldat mais également pour blessures.

Extrait du répertoire alphabétique des dossiers de soldats pensionnés classés en sous-série 2Yf (SHD)

Le dossier de solde de retraite militaire

A partir de cette cote, j’ai demandé la reproduction du dossier par courrier qui m’a été envoyé 5 mois plus tard. Cette attente ne fut pas vaine. Le dossier m’a apporté de nombreuses informations qui m’ont permis d’aller plus loin dans mes recherches.

Extrait du dossier de solde de retraite de Jean KUNRATH (SHD – 2Yf26954)

Ce dossier de solde de retraite va m’apporter plusieurs informations :

  • Jean était soldat à 43ème ½ Brigade, du 15 avril 1793 au 24 Germinal de l’an 6 (13 avril 1798), 
  • Il a perdu la vue de l’œil gauche et l’œil droit est troublé du fait de l’explosion de poudre à Canon pendant la bataille de Fleurus, le 8 Messidor de l’An 2. Une sacrée blessure qui a du l’handicaper toute sa vie.

Premier constat : finalement, le traumatisme lié à la blessure n’a pas été si VILAIN, puisque Jean a continué sa  carrière militaire pendant quatre ans après (désolé, il fallait que je place ce mot ici !).

Deuxième constat : après vérification, il s’avère que le 43ème demi-brigade n’aurait pas participé à la bataille de Fleurus… S’agit-il d’une erreur ? Mon aïeul a-t-il changé de régiment pendant sa carrière militaire ?
Pour répondre à ces questions, je dois me replonger dans l’histoire de l’armée pendant la période révolutionnaire.

Recherche du parcours militaire de Jean CONNERATH 

Le contexte militaire de l’époque

En parcourant les sites 1789-1815.com et Ancestramil, j’apprends qu’il existe des demi-brigades de première et de deuxième formation. En effet, l’armée française a subi différentes restructurations pendant la période révolutionnaire. Les « régiments » sont remplacés pas des demi-brigades (terme plus républicain). D’abord à deux bataillons (modèle des régiments royaux), les demi-brigades sont restructurées en 1794 pour former les demi-brigades de bataille, à trois bataillons, issus de l’amalgame de deux bataillons de volontaires et un de militaires professionnels (demi-brigades dites de première formation). Devant la fonte des effectifs et la multiplicité des demi-brigades, il fut décidé en 1796 de fusionner les demi-brigades de bataille par deux dans de nouvelles « demi-brigades de ligne (de deuxième formation) ». En 1803, le terme demi-brigade disparaît pour revenir au terme de régiment. 

Je pense que l’affectation à la 43ème demi-brigade est sa dernière dans sa carrière militaire (en 1798), le 43ème étant de deuxième formation.

Retrouver la filiation des régiments au fil des années

Grâce aux documents et livres sur cette époque, on arrive à remonter la filiation de la 43ème ½ Brigade. 
La 43ème demi-brigade de deuxième formation date du 19 ou du 20 février 1796. Elle a été créée par l’amalgame de la 34ème demi-brigade de bataille (de première formation) et du 3ème bataille de la 149e demi-brigade (de première formation). D’après Belhomme, cette formation a été faite à Cologne (Histoire de l’Infanterie Française). A son tour, les 34ème et 149ème Demi-brigade avaient été formées en première formation (1794) de la manière suivante : 

Il est intéressant de constater que la 34ème demi-brigade a été formée à partir du 4ème bataillon de volontaires de la Moselle. Aussi, une hypothèse, plausible, serait que Jean CONNERATH aurait pu être VOLONTAIRE en 1793 dans le 4ème bataillon de la Moselle, puis, par filiation serait passé à la 34ème demi-brigade, puis à la 43ème.

La 34ème demi-brigade de première formation compte, dans ses batailles et VICTOIRES, celle de Fleurus. En effet, elle faisait partie de l’Armée de la Moselle, puis à l’Armée de Sambre et Meuse à partir de juillet 1794 (an II et IV). Mon hypothèse semble tenir la route.

Les recherches qu’il me reste à faire

Donc, pour confirmer mes hypothèse, il faudrait que je puisse vérifier au SHD les documents suivants :

  • Le registre matricule de la 43ème ½ Brigade de 2ème formation (cotes 18 Yc97 et 18 Yc 98), 
  • Le cas échéant, le registre matricule de la 34ème ½ Brigade de 1ère formation (cote 17 Yc 35), 
  • Le registre matricule du 4ème Bataillon de la Moselle (cote 16 Yc 302). 

Ne pouvant absolument pas me déplacer au SHD, je ne pourrai pas avancer sur son parcours, à moins qu’un de mes lecteurs puisse gentiment consulter ces documents lors de son prochain passage à Vincennes ? (je lui promets une belle boite de chocolat !😋) 

En conclusion : essai de parcours de Jean CONNERATH

Je vous propose le parcours hypothétique de Jean CONNERATH :

  • 15 avril 1793 : volontaire dans le 4ème bataillon des volontaires de la Moselle 
  • 13 juillet 1793 : le bataillon fait partie de la 1ère division de l’Armée de la Moselle 10 mars 1794 (20 ventôse an II) : Jean Baptiste JOURDAN prend la tête de l’Armée de la Moselle, en remplacement du général Hoche. Les premiers ordres qu’il reçut du Comité de salut public furent de porter 20 000 hommes en avant de Longwy jusqu’à Bouillon afin d’intercepter les communications de Namur et de Liège vers le Luxembourg, et en même temps d’en détacher 20 000 autres aux ordres du général Hatry pour faire une incursion dans le Luxembourg et s’emparer d’Arlon. 
  • 18 avril 1794 (29 germinal an II) : L’armée de la Moselle est vainqueur à Arlon. La gauche de l’armée de la Moselle s’établit à Arlon. 
  • 27 avril 1794 : toujours à Arlon, le 4ème bataillon des volontaires de la Moselle est incorporé dans la nouvelle 34ème Demi-brigade, formant toujours l’Armée de la Moselle. 
  • 26 juin 1794 : Bataille de Fleurus, Jean est blessé. 29 juin 1794 (11 messidor an II) : après la victoire de Fleurus, l’Armée conduite par Jourdan, prend le nom d’Armée de Sambre-et-Meuse (armée des Ardennes + aile gauche de l’armée de Moselle + aile droite de l’armée du Nord). 
  • 19/02/1796 : L’ancienne 34ème Demi-brigade forme avec le 3ème bataillon de 149ème demi-brigade la 43ème Demi-Brigade de ligne. 
  • 13/04/1798 : Jean quitte l’armée 

Avec tout ça, il me reste encore à étudier plus dans le détail la bataille de Fleurus, mais cela, ce sera pour plus tard !

La bataille de Fleurus [Estampe] – De la fabrique de Pellerin, imprimeur-libraire, à Epinal [1837] – Source : Gallica

Sources:

Archives départementales de la Moselle (lien)

  • Registres paroissiaux de la paroisse de Basse-Ham 1770-1780 – 9NUM/53ED1E8
  • État civil de la commune de Basse-Ham – 1811-1830 – 9NUM/1MIE53/4
  • État civil de la commune de Basse-Ham – 1842-1854 – 9NUM/1MIE53/6

Service Historique de la Défense (lien)

  • Répertoire alphabétique des dossiers de soldats pensionnés (Cote 2Yf) – Pensions 1801-1817, Volume 7, de Lejeune à Millot – Folio 305) 
  • Dossier de pension militaire de Jean KUNRATG – SHD, Cote 2Yf 26954)

Ouvrages :

  • BELHOMME Victor Louis Jean François, 1893-1902.  Histoire de l’infanterie en France. Tome . [En ligne]

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