Vente, succession… comment retracer l’histoire d’une maison en Moselle ?

Au delà de l’histoire familiale, le généalogiste s’intéresse aussi à reconstituer l’histoire des maisons où ont vécu ses ancêtres. Comme vous allez le voir, ce travail demande d’utiliser de nombreuses sources pour y parvenir. En Moselle, on devra ainsi utiliser non seulement le cadastre napoléonien, les actes de notaires, mais aussi les registres du Livre foncier.
Cet article est rédigé dans le cadre de #ChallengeAZ que je consacre cette année aux recherches généalogiques en Moselle. Vous retrouverez tous les articles dans ce lien.

Quelles sources pour reconstituer l’histoire d’une maison ?

La source la plus fiable concernant la propriétaire d’une maison est un acte de propriété ou un acte de vente passé devant notaire. Pour autant, les sources seront différentes en fonction des périodes et il faudra jongler entre différents types de documents pour retracer l’histoire d’un bien immobilier.

Voici une liste des principales sources utiles, dont certaines sont spécifiques à la Moselle (et l’Alsace). Les liens renvoient vers les articles que j’ai déjà écrits :

  • Les papiers de famille (actes de propriété, actes de vente…),
  • Le cadastre (napoléonien et moderne) : il permet de retrouver les propriétaires successifs d’une maison grâce à la matrice cadastrale. La tableau des augmentations et des diminutions au début de la première matrice permet également de retrouver les dates de construction, démolition, ou les évolutions éventuelles.
  • Les fonds de la conservation des hypothèques et du livre foncier : ils permettent de retrouver également les propriétaires d’un bien et les actes de mutation d’immeubles.
  • Les archives notariées de toutes périodes, et les archives de l’enregistrement : il s’agit des actes de vente ou d’achat des biens immobiliers. Il est possible de les retrouver grâce aux fonds de la conservation des hypothèques ou bien grâce à l’Enregistrement (article à venir).
  • Les sources cartographiques : plans, cartes topographiques, photographies aériennes,
  • Etc.

Un exemple mêlant plusieurs sources : la maison de Nicolas ROSAIRE

Le cadastre napoléonien : le point de départ de mes recherches

Pour débuter mes recherches, j’ai d’abord utilisé le cadastre dit « napoléonien » de la commune de Volstroff réalisé en 1821.

D’après l’état de section, en mars 1821, Nicolas ROSAIRE est propriétaire de la maison cadastrée sous le numéro de parcelle 903 de la section E (Classement parcellaire – Section E dite de Vinsberg – Cadastre de la commune de Volstroff, 1821 – Archives départementales de la Moselle – Cote n° 30P729/1).

Extrait de l’état de section du cadastre de la commune de Volstroff (AD57 – 30P729/1)

On y apprend que le sol de la maison forme une parcelle de surface de 176 m². On voit sur le plan du cadastre que la maison est mitoyenne avec la 904.

A cette époque Nicolas ROSAIRE, laboureur à Vinsberg, était marié avec Barbe CABIROLE et le couple avait eu 7 enfants. Avant cette union, Barbe CABIROLE avait été mariée en première noce avec Jacques DEFLORENNE et avait eu 2 enfants de ce premier mariage. La matrice cadastrale nous apprend par ailleurs que la totalité des parcelles représente une surface de 15,4 ha de terrain sur Schell et Vinsberg, ce qui fait de Nicolas ROSAIRE, un des laboureurs qui possède le plus de terres sur la commune.

Les origines : une maison propriété des époux DEFLORENNE

Autant il est aisé de suivre de manière chronologique l’évolution des propriétés avec le cadastre, autant il est plus compliqué de remonter le temps durant l’ancien régime. En effet, le cadastre n’est d’aucun secours et il faut trouver d’autres sources pour nous y aider.

Il faut donc se tourner vers les archives notariées : testaments, actes de ventes, inventaires après décès, contrats de mariage… En effet, tous ces documents peuvent nous apporter des informations très précieuses.

En croisant les différents actes retrouvés dans les archives de notaire, il apparaît que cette maison appartenait pour 1/3 à Jacques DEFLORENNE, le premier époux de Barbe CABIROLE. La demeure était en fait issue de la succession des parents de Jacques DEFLORENNE : Philippe DEFLORENNE et Catherine ROSERT, qui résidaient à Vinsberg. Les deux autres tiers de la maison appartenaient à Pierre COQUARD, époux d’Elisabeth DEFLORENNE, et à Jean ORMON, époux d’Anne DEFLORENNE.

Parmi les actes intéressants, figure l’inventaire des biens réalisés après le décès de Jacques DEFLORENNE, le 14 janvier 1806. La maison située à Vinsberg appartient pour un tiers à Jacques DEFLORENNE (AD57 – 359U1). La maison était composée:

  • D’une chambre prenant jour au nord, sur la rue,
  • D’une autre chambre à côté,
  • D’une cuisine,
  • D’une chambre située à l’arrière de la cuisine,
  • D’un sellier,
  • D’un grenier,

Il y avait également une grange et des écuries.

Après le décès de son premier époux, Barbe CABIROLE se marie en secondes noces avec Nicolas ROSAIRE en décembre 1806 à la mairie de la commune de Schell. Préalablement, ils établissent un contrat de mariage en date du 27 novembre 1806. Ainsi, les biens meubles et immeubles provenant du premier mariage de Barbe CABIROLE constituent sa dot et entrent dans la communauté d’entre Barbe CABIROLE et Nicolas ROSAIRE. Aussi, celui-ci devient propriétaire pour 1/3 de la maison E 903 (AD57 – 359 U 1).

Extrait du contrat de mariage de Nicolas ROSAIRE et Barbe CABIROLE (AD57 – 359 U 1)

Dix jours après le mariage, soit le 19 décembre 1806, Nicolas ROSAIRE rachète les parts de Pierre COQUARD (époux d’Elisabeth DEFLORENNE) et Jean ORMOND (époux d’Anne DEFLORENNE) qui avaient chacun 1/3 de l’appartenance de la maison, devant Jean-Baptiste FRANCK, notaire à Metzervisse (AD57 – 359U1). Il devient alors propriétaire de la totalité de la maison.

Cette information nous permet de remonter encore un peu plus le temps, puisqu’il est dit que la maison est issue de la succession des parents de Jacques, Anne et Elisabeth DEFLORENNE. Le décès de leur mère date de 1781. Aussi, pouvons-nous penser que la maison existait avant cette date.


De 1806 à 1854 : Nicolas ROSAIRE et Barbe CABIROLE

De 1806 à 1835, la maison appartient à la communauté créée entre Nicolas ROSAIRE et Barbe CABIROLE. La consultation du cadastre napoléonien nous permet également de suivre l’évolution du patrimoine foncier du couple, comme j’en ai parlé dans l’article sur le cadastre.

Nicolas ROSAIRE décède chez lui le 3 mai 1835. Suite à l’inventaire après décès réalisé le 22 juillet de la même année, il est dit que l’ensemble des biens meubles, immeubles, bestiaux et papiers demeurent la possession de Barbe CABIROLE. Elle garde ainsi la propriété et jouissance de la maison (Inventaire après décès réalisé devant Maître FRANCK, notaire royal à Metzervisse, le 22/07/1835 – Archives départementales de la Moselle – Cote n° 359 U 39).

L’inventaire après décès permet d’avoir une description assez précise de la maison qui comprenait :

  • Une chambre prenant jour au nord, sur le chemin,
  • Une chambre voisine à la première
  • Une cuisine,
  • Une chambre contigüe à la cuisine,
  • Une chambre haute
  • Un grenier.

On note, par rapport à 1806, la présence d’une chambre supplémentaire à l’étage.

La ferme est en pleine activité car on compte :

  • 2 vaches et une génisse
  • 2 truies, 7 porcs et 11 porcelets,
  • 6 chevaux, 3 juments et 3 poulains,
  • 12 poules et un coq,
  • 12 agneaux.

1854 : la maison est vendue au fils, Gérard ROSAIRE

Le 1er avril 1854, Barbe CABIROLE vend la maison à son fils, Gérard ROSAIRE, et son épouse Marguerite VEINAND. La vente concerne la maison, une grange et deux jardins situés à côté de la grange. Le prix de l’ensemble est de 800 Francs. Par ailleurs, il est dit que « La veuve Rosert se réserve le droit de cohabiter aussi longtemps qu’elle vivra au son fils acquéreur dans le logement le plus convenable ». (Acte de vente réalisé devant Maître FRANCK, notaire à Metzervisse, le 1er avril 1854 – Archives départementales de la Moselle – Cote n° 30E91).

Le 24 avril de la même année, Barbe CABIROLE, dans le souci de préparer son départ, fait rédiger le partage testamentaire de l’ensemble du patrimoine foncier qui lui appartient. A cette date, elle possède environ 10 hectares de terrain. (Partage testamentaire réalisé devant Maître FRANCK, notaire à Metzervisse, le 24 avril 1854 – Archives départementales de la Moselle – Cote n° 30E91).

Barbe CABIROLE décède le 5 septembre 1861 à son domicile de Vinsberg, dans la maison de son fils, Gérard ROSAIRE.

Gérard ROSAIRE décède le 3 août 1870 à l’âge de 49 ans et la propriété de la maison revient donc à son épouse, Marguerite VEINAND.

Dans les années 1890, Alphonse CAILLOUX, époux de Marguerite ROSAIRE, fille ainée de Gérard ROSAIRE et Marguerite ROSAIRE, rachète la maison, comme le démontre la consultation de la matrice cadastrale de Volstroff (AD57 – 30 P 729/4)

Folio 659 de la matrice cadastrale de Volstroff, Gérard ROSAIRE (AD57 – 30 P 729/4)

Le livre foncier : de 1900 à 1968

Après 1900, l’absence de matrice cadastrale pour la commune de Volstroff aux archives départementales nous oblige à utiliser le Registre du Livre foncier. En recherchant dans l’index alphabétique des propriétaires, je retrouve assez facilement le feuillet d’Alphonse CAILLOUX sous le n°31. Dans l’en-tête, il est signalé que l’ensemble des biens passent en 1957 sous la propriété de Henry GREIB, époux d’Anne Félicienne CAILLOUX (qui est la fille d’Alphonse CAILLOUX et Marguerite ROSAIRE). Il n’y a donc pas de changement de feuillet.

Extrait du registre du livre foncier de Volstroff, Feuillet n°31 (AD57 – 5 Q 24/490)

La lecture du registre nous apprend ensuite que la maison (ligne 11 de l’illustration ci-dessus), est transférée le 29/02/1968 dans le feuillet n°246, ligne n°48. Il s’agit de René BOETTCHER, mouleur, époux de Marcelline GREIB.

Stupeur ! La maison n’existe plus !

La maison mitoyenne située à l’est de l’ancienne maison de Nicolas ROSAIRE est la maison de naissance de mon arrière-grand-père et de mon grand-père, tous les deux prénommés Pierre HOURTE. Pourtant, lorsque l’on analyse le cadastre actuelle et les vues de la maison, on se rend compte que quelque chose ne va pas. En 1812 et 1912, on voit bien deux maisons. Alphonse CAILLOUX était ainsi voisin de Pierre HOURTE. Pourtant, aujourd’hui, il n’y a plus qu’une maison à cet emplacement.

Extrait des plans du cadastre de Volstroff, détail du village de Vinsberg. A gauche, plan du cadastre napoléonien de 1812, section E (AD57 – NUM/35P729) et à droite plan du cadastre de la période de l’annexion de 1912, section 11 (AD57 – 37P736/A).

En réalité, et après recoupement d’information, je me suis rendu compte que la maison avait été démolie après 1968. Pour retrouver la date approximative, j’ai utilisé le site « Remonter le temps » de Géoportail en téléchargeant les photographies aériennes de la fin des années 60 aux années 70. En comparant les différentes vues, on arrive à retrouver la période de démolition de la maison, soit entre 1970 et 1973.

Détail des photographies aériennes de 1970 et 1973. On voit l’emplacement de la maison détruite sur la photo de droite (source : IGN)

Aujourd’hui, la maison n’est donc plus visible et son emplacement est devenu un jardin.

L’ancienne maison de Nicolas ROSAIRE est située à l’emplacement de l’actuel jardin de la maison de gauche (la maison natale de mon grand-père).

Récapitulatif

Nous avons donc utilisé de nombreuses sources pour reconstituer l’histoire de la maison de Nicolas ROSAIRE. Voici un tableau récapitulatif :

DateFolio (cadastre ou Livre Foncier)PropriétaireDomicile propriétaire
< 1781/Catherine ROSERT, épouse Philippe DEFLORENNEVinsberg
1781-1806/Jacques DEFLORENNE pour 1/3 (résidant), Pierre COQUARD (1/3) et Jean ORMOND (1/3)Vinsberg
1806/Achat par Nicolas ROSAIRE(1)Vinsberg
1821450 (453)Nicolas ROSAIRE x Barbe CABIROLEVinsberg
1835450 (453)Barbe CABIROLE, Vve de Nicolas ROSAIREVinsberg
1856659Gérard ROSAIRE, époux de VEINANDT (fils de Nicolas ROSAIRE)Vinsberg
1890937Alphonse CAILLOUX, époux de Marguerite ROSAIRE (fille de Gérard ROSAIRE)Vinsberg
190331 (LF)Alphonse CAILLOUX, époux de Marguerite ROSAIRE (fille de Gérard ROSAIRE)Vinsberg
195731 (LF)Henry GREIB, cultivateur époux d’Anne Félicienne CAILLOUX (fille d’Alphonse CAILLOUX)Vinsberg
1968246 (LF)René BOETTCHER, mouleur, époux de Marcelline GREIB (fille d’Henry GREIB)Talange
1970/1973Démolition
Si vous avez aimé l'article, n'hésitez pas à le partager ;)

Laisser un commentaire

8 commentaires sur “Vente, succession… comment retracer l’histoire d’une maison en Moselle ?”

%d blogueurs aiment cette page :