Hommage à Paul et Jean-Jacques JOHANNES

En ce 8 mai 2020, je vous propose de rendre hommage à Paul JOHANNES, cousin par alliance de mon arrière-grand-père Pierre HOURTE, et à son fils, Jean-Jacques. Paul JOHANNES, mosellan en 1914, a combattu sous l’uniforme allemand pendant la première guerre mondiale. Pourtant, il était résolument français et « l’esprit de 1918 » le conduira à s’engager pour sa patrie en 1939.

Les origines de la famille JOHANNES

Paul est né le 14 juillet 1899 à Distroff, en Moselle (alors annexée à l’Empire allemand). Il est le fils de Jacques JOHANNES, propriétaire de l’Usine de Chaux de Distroff et d’Elisabeth DUMONT.

Pendant la première guerre mondiale, Paul est soldat dans l’armée allemande, mais reste attaché au pays de ces parents : la France. Après la guerre, il va d’ailleurs s’investir dans l’Union Nationales des Combattants de la Moselle où il devient secrétaire-trésorier dans les années 1930. Il n’aura de cesse de faire valoir la mémoire des soldats « Malgré-Eux » et l’esprit de 1918.

Après la guerre, il prend la suite de l’entreprise de son père. Il se marie en avril 1924 avec Gabrielle HOURTE, fille du banquier Jean HOURTE de Thionville et d’Elise PALS. Gabrielle est ainsi la cousine germaine de Pierre HOURTE, mon arrière-grand-père.

Neuf mois plus tard, en janvier 1925, Gabrielle donne naissance à un fils, Jean-Jacques. Mais la joie de cette jeune famille sera de courte durée car Gabrielle meurt le 6 janvier 1927. Paul se marie en secondes noces avec Marie-Thérèse BOSMENT, originaire de Hayange.

Carte du combattant de Paul JOHANNES datant de 1929 (AD57 – 1001W193-2)

Les bouleversements de la seconde guerre mondiale.

A la veille de la seconde guerre mondiale, Paul est installé à Mondelange où il est directeur de Cimenterie. Son fils, Jean-Jacques, s’engage en Math Sup. Pourtant, en 1939, la guerre éclate à nouveau. Paul reprend du service au 5ème bureau de l’Etat-Major de l’Armée en tant que Capitaine de Réserve. Sa famille est évacuée dans la région de Neufchâteau (Vosges). Mais la débâcle de 1940 conduit une nouvelle fois à l’Annexion de l’Alsace et de la Moselle. Tant d’efforts en 1918 pour arriver à ça !

Paul est alors affecté à Clermont-Ferrand dans le cadre de la Commission allemande d’armistice. Sa famille rentre à Mondelange en juillet 1940.

Très rapidement, à Clermont-Ferrand, Paul prend part aux réseaux de Résistants et devient Chef de Poste 113 au sein du Réseau S.S.M.S/T.R. (Service de Sécurité Militaire Français). A partir de 1942, il assure le commandement d’un poste important de contre-espionnage en France occupée en établissant la liaison par messages radios entre le Premier Ministre Churchill et le Général Georges. Il est rejoint par son fils ainé, Jean-Jacques, qui entre également dans les services spéciaux.

Pendant ce temps, son épouse est restée à Mondelange. En janvier 1943, elle évacuée avec ses deux enfants en Pologne avant d’être rapatriée grâce à une procédure engagée par sa sœur et son frère. A son retour en Moselle, elle réalise des démarches pour rejoindre Paul. Elle sera expulsée en avril 1943, en même temps que ses parents. Finalement, une grande partie de la famille s’installe en Auvergne. Ainsi, l’oncle et la tante de l’épouse de Paul s’installent à Murol, où ils participent également aux communications dans le cadre du réseau de Résistance du Poste 113.

Malheureusement, en juin 1943, le réseau est dénoncé. Paul, son fils Jean-Jacques ainsi que sa tante Eugénie CLAUDEL, et sa belle-sœur Madeleine BOSMENT sont arrêtés et emprisonnés.

  • Paul est interné puis déporté le 17 janvier 1944 au départ de Compiègne pour arriver le 19 janvier au camp de Dora-Buchenwald (matricule 39691). Il sera libéré en avril 1945. 
  • Jean-Jacques est arrêté le 9 juin 1943 et déporté le 14 janvier 1944 à Buchenwald-Dora. Il est ensuite transféré à Neuengamme et Wöbbelin. Jean-Jacques ne reviendra pas. 
  • Eugénie CLAUDEL et Madeleine BOSMENT sont incarcérées puis partiront le 31 janvier 1944 de Compiègne, dans le convoi que l’on appelle le « convoi des 27000 ». Elles seront internées dans le camp de Ravensbrück. Madeleine partira au Kommando de Zwodau avant d’être libérée le 7 mai 1945. Eugénie CLAUDEL aura un destin plus sombre, car elle sera gazée à Ravensbrück en avril 1945. 
AD63 – Clermont-Ferrand, Murol. 1943, juin : arrestations et déportations. 1945 908 W 161

L’amour de la France, cet esprit de 1918, est resté dans le cœur de Paul. Au risque et au péril de sa vie, ainsi que de celle de sa famille, il s’est engagé pour sa patrie. Paul restera à jamais marqué par ces épreuves et la mort de son fils. Malgré tout, il gardera la fierté d’avoir retrouvé la nationalité française.

L’hommage de la commune de Distroff

Suite à mon article du #RMNA, le maire de Distroff, lieu de naissance de Paul JOHANNES, m’a contacté car la commune souhaitait intégrer mon article dans un ouvrage sur l’histoire de la commune, en cours de rédaction à ce moment-là. J’étais très honoré de cette sollicitation.
Sans doute touchés à leur tour par le destin de Paul et Jean-Jacques JOHANNES, les membres du groupe de rédaction et la commune ont souhaité rendre un honneur plus appuyé à ces deux hommes.

Ainsi, lors des cérémonies du 11 novembre 2019, le maire a rebaptisé la place de l’Église place « Paul et Jean-Jacques JOHANNES, Résistants et martyrs des deux guerres », et ceci en présence d’Élisabeth et André JOHANNES, les deux enfants encore en vie de Paul. Ce moment s’est déroulé dans une très grande émotion, notamment pendant la lecture de l’histoire de Paul et Jean-Jacques, reprise de mon article, par des enfants de la commune.

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Baptême de la place « Paul et Jean-Jacques JOHANNES, Résistants et martyrs des deux guerres ». Photo : commune de Distroff (FB @communedistroff)

J’ai été profondément touché et ému par cette initiative qui a permis de leur rendre un très très bel hommage. Malheureusement, je n’ai pas pu être présent, mais le maire de Distroff m’a gentiment donné les coordonnées des enfants de Paul pour que je puisse prendre contact avec eux et parler de leur père et de la famille…



Sources :

  • La voix du Combattant, n°797, numéro du 10/11/1934. Union nationale des combattants (Paris). En ligne (Gallica) : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62688774
  • Actes d’Etat-Civil sur la vie de Paul JOHANNES (communes de Distroff, Thionville, Hayange) : Archives Départementales de la moselle
  • Dossier des victimes de la seconde guerre mondiale : AD63 – Clermont-Ferrand, Murol. 1943, juin : arrestations et déportations. 1945 908 W 161
  • Liste des personnes déportées : Fondation pour la mémoire de la déportation/Livre Mémorial – En ligne : http://www.bddm.org/liv/index_liv.php
  • Dossier de combattant de Paul JOHANNES – AD57 – 1001W193/2 
  • Biographies des noms gravés sur le Monument de Ramatuelle – Mémorial National AASSDN. Biographie de Jean-Jacques JOHANNES. En ligne : http://www.aassdn.org/araMnbioIa-Jz.html

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