Retracer le parcours d’un soldat mosellan pendant la première guerre mondiale

La recherche du parcours militaire des soldats mosellans (et alsaciens) dans l’armée allemande pendant la première guerre mondiale peut s’avérer complexe. En effet, les sources, lorsqu’elles n’ont pas été détruites, sont différentes de celles qui concernent les poilus français. Cet article vous propose quelques pistes à partir de mes propres recherches et de mon expérience pour retracer l’histoire d’un soldat mosellan entre 1914 et 1918.

Plan de l’article

  1. Première question : le soldat a-t-il survécu pendant la guerre ?
  2. Les registres matricules et archives militaires
  3. Dossiers de demande de pension / Cartes du combattant
  4. Le cas des soldats prisonniers
  5. Les sources personnelles

1. Première question : le soldat a-t-il survécu pendant la guerre ?

En tout logique, la recherche du parcours militaire d’un soldat s’effectue à partir des fiches matricules. Tout comme en France, l’administration militaire allemande a tenu de tels registres. Malheureusement, en 1945, un bombardement a détruit les archives militaires de l’époque de l’annexion, qui avaient été déposées au Reicharchiv à Potsdam (proche de Berlin). Seules les archives de l’armée bavaroise, déposées à Munich, ont survécus (nous y reviendrons). Dès lors, il est nécessaire d’utiliser d’autres sources, parfois indirectes, pour retrouver le parcours détaillé d’un soldat.

Ainsi, au début des recherches, il est utile de savoir si le soldat a survécu ou non après la guerre car les bases et sources vont différer. En cas de doute, la recherche dans la base des soldats décédés peut nous apporter cette information (partie suivante).

Cas 1 : Le soldat est (sans doute) décédé pendant le conflit

La base des militaires mosellans morts en 1870 et 1914-1918 permet de compenser l’absence de données sur le site Mémoire des Hommes. Le département de la Moselle a ainsi compilé l’ensemble des morts à partir du travail de l’abbé Louis Weber, curé de Réning, qui réalisa un livre d’or des militaires décédés pour chaque commune du département en 1927. Attention cependant, cette source peut contenir des erreurs ou des oublis.

L’interrogation se fait sur la page dédiée du site internet des Archives Départementales de la Moselle. Il est ainsi possible d’interroger par le nom, le lieu de naissance et/ou le lieu de décès.

Souhaitant avoir des renseignements sur Charles LANG, demi-frère de mon arrière-grand-mère, je tape le patronyme « LANG » et le nom de la commune de « Volstroff ». La base me permet de retrouver la trace de Charles et de son frère Pierre, tous les deux décédés pendant la première guerre mondiale. En cliquant, on retrouve des informations sur l’unité, la date et le lieu de décès. Dans cet exemple, nous voyons que Charles LANG faisait partie du 2ème régiment d’artillerie à pied bavarois.

Résultats de la recherche du patronyme LANG à Volstroff dans la base « Mémoire 1870-1918 » du site des archives départementales de la Moselle

Les recherches dans les bases des monuments et cimetières militaires

Dans ce la cas d’un décès, on pourra également rechercher le soldat dans les différentes bases des tombes, monuments aux morts, ou cimetières militaires allemands, comme, par exemple :

Cas 2 : Le soldat a (sans doute) survécu après le conflit

Après le retour de l’Alsace-Moselle à la France, les habitants récupèrent de plein droit la nationalité française, notamment lorsqu’ils sont descendants légitimes ou naturels de parents ayant perdu la nationalité en 1871 (annexe de la section V du traité de Versailles). Les hommes réintègrent de facto l’armée française et l’administration militaire reconstitue des registres matricules par classe en fonction de la date de naissance du soldat.

Mention Alsacien-Lorrain dans le registre matricule des soldats ayant bénéficié du retour effectif à la nationalité française après la première guerre mondiale (Source : AD57)

A partir de là, plusieurs sources d’archives vont pouvoir nous renseigner : les registres matricules et les dossiers de demande de pension militaire.

2. Archives militaires et registres matricules

Les registres matricules reconstitués

Les Archives Départementales de la Moselle conservent les registres matricules reconstitués des classes 1893 à 1921 en sous-série 2R. Ces registres ont été numérisés et mis en ligne sur le site internet des archives. Classiquement, la recherche s’effectue par classe d’âge (année de naissance + 20 ans en règle général) puis par bureau de recrutement (celui-ci correspond au bureau de recrutement du lieu de résidence au moment de la création de ses registres, soit en 1920 ou 1921).

Il est d’abord nécessaire de rechercher dans les répertoires alphabétiques. Pour chaque bureau, il peut exister plusieurs répertoires qu’il faut consulter à chaque fois. Le répertoire donne ensuite le numéro de la fiche matricule correspondante.

Pour faciliter la recherche, il est désormais possible d’effectuer la recherche dans la base de Geneanet car les registres matricules en ligne ont été entièrement indexés. Cela représente 266 988 individus (environ 130 000 soldats et leurs parents).

Extrait de l’article « Les registres matricules de Moselle sont indexés sur Geneanet ! », publié le 1er juin 2020.

L’administration militaire française n’a pas cru bon de détailler le parcours militaire dans l’armée allemande. Lorsqu’il est précisé, celui-ci reste très succinct et ne signale que les dates d’incorporation, ainsi que le principal régiment dans lequel il a servi. Malheureusement, il existe beaucoup de cas où ces maigres informations ne sont même pas données. On se référera donc aux dossiers de demande de pension militaire que nous aborderons plus loin. Attention également : certains registres ont été détruits (notamment ceux du bureau de Sarrebourg), et les informations sont très lacunaires.

Extrait de deux fiches matricules citant de manière très synthétique le parcours militaire de deux soldats dans l’armée allemande (Source : AD57).

Le cas des registres matricules de l’armée bavaroise

Bien qu’intégrée dans l’armée impériale allemande, la Bavière est l’une des trois principautés de l’Empire à conserver ses propres structures militaires (l’Allemagne était un fédération d’états). Ainsi, les archives de l’armée bavaroise et notamment celles qui concernent le recrutement sont restées à Munich et n’ont pas été détruites en 1945.

Ces archives ont été numérisées et sont accessibles, via abonnement, sur le site Ancestry.com.

Page de recherche des personnels de l’armée bavaroise pendant la première guerre mondiale (site ancestry.com)

Moyennant un abonnement « Monde Deluxe » (à 21,96 € / mois… oui oui… c’est le prix de la donnée…), on peut accéder aux fichiers. Pour ma part, j’ai eu de la chance car j’ai pu accéder il y a quelques années au fichier sans abonnement (accès limité dans le temps pour tester). J’ai ainsi pu retrouver le registre matricule de Karl LANG, le frère de mon arrière-grand-mère.

Extrait du registre où figure Charles (Karl) LANG (Source : ancestry.com)

3. Les dossiers de demande de pension / Cartes du combattant

Les fonds des Archives Départementales de la Moselle 

Les Archives Départementales de la Moselle possèdent en sous-série 1001W les dossiers des combattants de la 1ère Guerre mondiale qui ont formulé une demande de carte ou de retraite du combattant dans le département (hommes domiciliés en Moselle au moment de leur demande).

Que trouve-t-on dans ces dossiers ?

Les dossiers possèdent différents documents qui peuvent varier en fonction de l’individu. On peut notamment y retrouver :

  • Une fiche ou un formulaire de demande de retraite du combattant ou de carte de combattant mentionnant le parcours militaire, ainsi que les éventuelles blessures et faits de guerre
  • Le détail du parcours fourni par les autorités allemandes 
  • L’avant-dernière carte du combattant (au renouvellement de la carte, l’ancienne carte était retournée par son propriétaire), ainsi que le(s) accusé(s) de réception de cette carte, 
  • Un extrait d’acte de naissance, 
  • D’éventuelles correspondances…

En tout cas, il est nécessaire de se déplacer en salle de lecture à Saint-Julien-lès-Metz pour demander la cote et prendre connaissance du dossier. Me concernant, j’ai pu retrouver les dossiers de trois de mes arrière-grand-pères ainsi que de collatéraux et surtout, j’ai appris le détail de leurs parcours militaires pendant la première guerre mondiale.

Carte du combattant de mon arrière-grand-père, Pierre HOURTE (collection personnelle)

4. Le cas des soldats prisonniers

La mémoire familiale ou les recherches dans les archives militaires peuvent nous indiquer que le soldat mosellan a été fait prisonnier durant le conflit. On se tournera donc vers les archives historiques du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui propose de consulter en ligne les fiches numérisées des prisonniers de la première guerre mondiale.

La recherche s’effectue à partir du nom et de la nationalité (il faudra donc inscrire « allemand »). Les fiches de prisonniers sont classées selon l’ordre alphabétique. Il est ensuite possible, pour certains soldats, d’accéder à des informations complémentaires en cliquant sur « plus d’informations sur cette personne » lorsqu’on survole la fiche en question. Il est ensuite nécessaire de retranscrire la cote du document dans le formulaire correspondant pour le consulter.

Recherche d’informations concernant un soldat Alsacien-Mosellan (allemand) sur les archives du CICR. Ici la recherche concerne August RICHERT, né le 21/11/1894 à Vahl-Ebersing (Moselle)

5. Les sources personnelles

Le livret militaire allemand : le Militärpaß

Chaque soldat allemand était titulaire de deux documents qui retraçaient l’ensemble de son parcours militaire : le livret militaire à proprement parlé (Militärpass) et le livret de solde (Soldbuch). Tout comme le livret militaire en France, le Militärpaß reprend toutes les informations importantes du parcours militaire du soldat : son état-civil, la date et l’unité d’incorporation, les mutations dans les différentes unités, ainsi que des notes sur les campagnes successives. On retrouve par exemple des détails sur ses blessures ou sur des faits de guerre particuliers.

Pour retrouver ce document, il faut d’abord interroger les membres de sa famille : grands-parents, oncles et tantes, ainsi que les différents descendants du soldat concerné. Il faut savoir que ces documents anciens font également l’objet d’un commerce assez lucratif et bon nombre d’entre-eux sont vendus sur des sites comme ebay ou Delcampe. Une recherche peut, avec beaucoup de chance, permettre de retrouver un tel document qui appartenait à un de ses ancêtres.

J’ai personnellement beaucoup de chance car ma famille a conservé le Militärpaß de mon arrière-grand-père Pierre HOURTE. Comme vous le voyez dans l’exemple ci-dessous, il est nécessaire d’avoir quelques connaissances dans la lecture et la transcription de l’écriture cursive allemande pour déchiffrer puis traduire un tel document.

Extrait du Militäpass de mon arrière-grand-père, Pierre HOURTE (collection personnelle)

Cartes postales et correspondances

Il ne faut pas négliger les archives familiales qui dorment au fond de boites en métal ou en carton dans les greniers. On y retrouve parfois de beaux trésors et parmi eux, des photos, cartes postales et correspondances de nos ancêtres soldats pendant la première guerre mondiale.

Carte postale envoyée par mon arrière-grand-père à ses parents le 3 avril 1917 de Berlin (Collection personnelle).

Comme vous le voyez, les différentes sources peuvent permettre de retrouver quelques traces de l’histoire de nos ancêtres mosellans qui ont combattu en uniforme allemande pendant la première guerre mondiale. Bien évidemment, il est possible de compléter par différents ouvrages qui traitent de cette période et permettront de mieux comprendre ce contexte si particulier.

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